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Spiritualité AA

une interprétation

A.A.

12 et 12  

Mes textes pour A.A.

 

Une remise en ordre de l'affectif, avec un divorce à la clé.

     Inutile de dire que ma vie affective s'est considérablement améliorée à partir du moment où mon addiction à l'alcool et mes obsessions de boisson alcoolisées se sont dissipée. Malgré cet apaisement, un bouillonnement des sentiments persistait en fonction des événements de ma vie et de mes rencontres avec les uns et les autres. Comme le disait Ingmar Bergmann " nous sommes tous des analphabètes des sentiments" dans son film "Scènes de vie conjugale». Si j'ai évolué en autonomie personnelle, estime de moi et liberté intérieure, par contre mon évolution en maturité affective a été beaucoup plus lente. Ma sensibilité périphérique interférait trop souvent dans mes sentiments tant vis à vis de mon ex épouse qu'avec d'autres femme au gré de trop fréquents transferts ou fixations affectives qui s'imposaient à moi au détour de certaines rencontres. Par ailleurs mon ex-épouse n'a pas évolué dans les mêmes directions où m'entraînait ma soif de philosophie spiritualiste, d'évolution personnelle et des sentiments d'admiration et de curiosité pour l'humain. D'une façon générale mes sentiments étaient fort tournés vers les autres, moins pour chercher à en profiter que pour les découvrir, et admirer, dans toute leur complexité, toutes les richesses effectives ou sous-jacentes  de leurs potentiels.
Moi et mon ex-épouse étions sur des logiques différentes pour essayer de nous accomplir dans cette vie. Son idéal de vie était très traditionnel et centré sur ses enfants, petits enfant dans une conception bourgeoise de la famille avec une ouverture trop limitée vers l'extérieure pour ne pas me sentir dans une contradiction permanente avec mes aspirations. Aussi mes enfants étant autonomes, élevés et mariés, j'ai pris la décision de divorcer. Certes j'ai peiné de voir cette femme souffrir de cette décision; une souffrance constituée autant par ses sentiments contrariés que par un sentiment d'échec de son couple et d'amour propre blessé. Une de mes filles m'a reprochée la souffrance que j'infligeais à sa mère. Est-ce que cette souffrance aurait dû me faire renoncer à cette décision? Conscient de ce que je désirai accomplir et mener encore dans ma vie, j'ai divorcé à 60 ans, j'ai fait comprendre à mes enfants que je devais poursuivre sur une autre voie pour rester fidèle à moi-même, à mon désir d'évolutionet et  malgré mon âge. Je n'ai pas culpabilisé de cette décisionen comprenant qu'il y a une liberté des êtres à décider pour eux-mêmes le sens à donner à leur vie. J'ai compris que la souffrance non intentionnelle occasionnée à autrui par la séparation, la prise de distance ne peut être assumé que par celui qui l'éprouve. En effet ce type de douleur, bien malheureusement effective, correspond à une maturité affective qui n'a pas pu se développer suffisamment. Une évolution plus complète de personnalité protège de cette sorte de souffrance. On ne se sent pas abandonné ou trahis lorsque l'autonomie a pu se développer suffisamment et lorsque les choses sont faites et dites dans les régles. Pas facile dans les modes de pensée traditionnels coutumière de ne pas "jeter la pierre" à celui qui quitte.  J'ai appris dans mon parcours que la souffrance morale ou psychologique  est un message qui m'incite à voir en moi ce qui doit encore évoluer.

Je me suis bien évidemment remarié, mais dans un état d'esprit différent, dans un état de conscience bien plus favorable par ce que plus riche de connaissances intégrées avec une maturité affective bien plus développée à ce jour. Beaucoup de petites évolutions intérieures ont concouru à ce développement. En lisant entre les lignes de mon témoignage l'on peut en distinguées la plupart des constituants. Résumons-les quand même ci-après:

- J'ai découvert enfin que tout être humain, de par sa naissance, a sa place dans l’existence. Il n'est pas nécessaire que j'attende constamment l'approbation et la reconnaissance des autres pour valider ma position. Débarassé de cette imploration permanente je n'ai plus à m'inquiéter de ce que dise ou pense les autres à mon sujet. Je suis débarassé d'une dépendance aux autres. Il m'était important de me débarassé de cette dépendance aux autres pour me sentir les aimer gratuitement. Auparavant j'attendais que l'on m'aime pour aimer ou apprécier l'autre. Il m'a fallut bien longtemps pour comprendre et surtout vivre cette inversion.

- Plus mon regard cherche à être positif dans une situation ou dans mon appréciation sur les autres, plus j'élèves et magnifie ce qui m'entoure. J'ai ainsi remplacé le doute, le scepticisme, la médisance par ce que je peux voir ou ressentir de valeur, beauté, richesse, gratitude, sans m'attarder sur le reste. Dans cette attitude mes sentiments chaleureux me tiennent le cœur joyeux et accueillant. Je suis alors ressenti comme une personne qui accueille avec franchise et bienveillance. La sécurité qu'apporte un tel vécu n'engendre pas les parades habituelles du système défensif des personnes rencontrées. La relation devient beaucoup plus naturelle et authentique. Me reprendre régulièrement pour rester dans cette attitude m'a permis non seulement de progresser vers une estime inconditionnelle des autres mais aussi de gagner en estime de moi. Faut-il s'aimer soi-même pour aimer les autres ou aimer les autres pour s'aimer soi-même ? La réponse en ce qui me concerne débute par la rencontre des AA, personnes à  l'accueil sans condition, avec une amitié et une confiance authentique; par la suite, grâce à ce cadeau d'amitié,  j'ai pu moi-même progresser dans cette attitude; et maintenant les sentiments positifs que je vis dans ma relation à l'autre entretiennent ou enrichissent l'estime que je me porte. Serais-ce le cercle vertueux du bonheur?... 

- Mes sentiments de fierté, d'amour propre, d'orgueil et de vanité étaient en fait une perversion de mes besoins de reconnaissance et d'être aimé. Je compensais ma mésestime profonde de par mes ratages, échecs, fuites et culpabilité en idéalisant une image de moi-même. La prise de conscience de ce vécu négatif m'a permis de comprendre qu'il me fallait accepter mes limites. M'accepter avec simplicité autant dans mes limites et mes manques que dans l'appréciation de mon potentiel. La juste mesure de ma personnalité doit pourtant être évaluée en permanence avec sincérité pour rester équilibrée et apaisée. J'ai pris maintenant l'habitude d'une attention vigilante à non vécu intérieur et me recentrer sur un moi aussi réel que possible. Par cette pratique constante j'ai installé, peut-être, tout au fond de mon âme ou de mon inconscient le reflexe de ne pas me laisser déborder par un cérébrale qui a tendance à voir trop grand ou déformé. Je me satisfais beaucoup mieux dans cette attitude et deviens plus disponible pour aimer ceux qui m'entourent.    

- Le désir d'être plus est au cœur de chaque homme, cette énergie au fond de mon être est une bénédiction car elle constitue la motivation essentielle pour croitre, grandir et faire en sorte que mes potentialités puissent s'accomplir. Cette énergie ne doit pas être détournée  mais utiliser également à bon escient. Dans l'ignorance d'un mode d'emploie, d'une discipline ou d'une philosophie pour canaliser cette force en moi, je suis bien souvent tombé dans des désirs de toute puissance, de méchancetés et d'irrespects. J'imposais mes points de vue. Je tentais trop souvent de manipuler mes proches ou mes connaissances. J'entrais, sans raison vraiment valable, en conflit ou en ressentiment pour certaines personnes qui n'approuvaient pas ou refusaient mes affirmations ou même mes injonctions. Pour en avoir pris conscience là aussi j'ai dû travailler sur moi et m'autodiscipliner. Un autre aspect de ce désir de toute puissance et d'avoir perverti ma relation à l'argent. L'argent donne un certain pouvoir et je ne me privais pas de donner l'impression d'être bien pourvu. Il m'a fallut démystifier cette représentation que je donnais à cet élément destiné à favoriser les échanges dans la vie des hommes et rien de plus. L’extension de ce pouvoir de l'argent et l'abondance des biens matériels étaient une manière de briller aux yeux des autres en affichant des possibilités non nécessaires et illusoires. Prendre conscience des surévaluations que j'attribuais à des acquits ou biens matériel m'a permis de les remettre à leur juste place, et contribuer ainsi à la libération de cette alliènations au pouvoir de l'argent.

- Tous les hommes sont égaux aux yeux de Dieu, de l'Universelle, d'un Absolu, de Dame nature. J'ai enfin acquit cette conviction pourtant peu évidente dans une société très hiérarchisée. J'ai donc pendant fort longtemps eu tendance à mépriser les personnes que j'estimais être dans un milieu socia-culturel inférieur au mien. Par ailleurs je craignais les personnes d'un niveau socio-culturel supérieur à moi-même. Je souffrais donc de sentiments négatifs pour bien des personnes que je côtoyais. Dans ma façon d'hiérarchiser la famille j'éprouvais également les mêmes sentiments négatifs. J'ai enfin compris que la valeur de la personne humaine ne se hiérarchise pas, ce qui doit être hiérarchisé est l'organisation du travail avec ces niveaux de responsabilité, ou encore pour les mêmes raisons les structure de la société tout entière. J'ai compris que dans ma relation aux autres à quelque  niveau que je soit dans la structure social ne devait avoir d'incidence sur mes attitudes et la qualité de ma relation. Rester tout simplement ce que je suis. D'ailleurs dans le cadre des organisations du travail ou des niveaux de structure sociale la relation égalitaire est à prévaloir tout en respectant les normes de l'organisation. Je vis maintenant toutes ces situations de façon paisible, avec une bienfaisante sensation de confiance et de sécurité sans rapport de force.
Dans une attitude relationnelle égalitaire l'esprit démocratique est bien plus facile à vivre. A mon niveau de responsabilité dans un groupe ou une structure, fort d'une responsabilité ou je me suis investi je peux être tenté de m'imposer, si c'est le cas, à condition que je sois doué avec une vision juste des choses, tout pourra fonctionner. Je pense maintenant qu'il y a une bien meilleure manière de faire. Je peux amener le groupe ou la communauté dont je fais parti à s'exprimer, établir ensuite  une honnête synthèse de ce qui a pu être avancé pour faire des propositions sur lesquelles après amendements éventuels des agréments à la majorité seront demandés pour en faire l'orientation ou la règle à suivre. Vivre mes responsabilités dans cet esprit m'a fort bien réussi à partir du moment où, peu à peu, j'ai intégré une relation égalitaire avec tous, ce qui me semble être une attitude d'essence démocratique dans le respect, et proche du meilleur consensus possible.

- Mettre de l'ordre dans ma vie amoureuse. Pas toujours facile de parler de façon personnel de sexualité mais celle-ci est une composante incontournable de ma personnalité et du domaine affectif. J'ai très longtemps été dans une certaine confusion de sentiments par rapport à mes désirs, pulsions, fantasmes qu'apporte le corps au mental pour s'accomplir ou s'assouvir au niveau de la génitalité. Si Ma trop vive sensibilité en se manifestant m'entrainait à une excessivité de mes émotions: amour-propre, déception, dépit, colère, vexations, rancune, envie et jalousie, elle perturbait aussi ma sensualité. J'ai souvent cherché refuge dans le désir d'une femme, comme pour l'alcool, sans prendre conscience de ce mode compensatoire. La séduction était une sorte de revanche à mes échecs et difficultés tout en répondant à mes appétits sensuels et sexuels. Je me leurrais moi-même, surtout en étant alcoolisé, à même m'enorgueillir d'avoir séduit une femme vénale. Lorsque j'ai abordé l'abstinence d'alcool j'ai réussi à mettre un peu plus d'ordre dans ma vie sexuelle. Je n'étais pourtant pas libéré de l'envie de séduire. Je faisais souvent des transferts ou fixations affectives ou je mêlais sensualité, sentimentalité, et sexualité.  Je prenais souvent pour de l'amour le désir de posséder une femme. J'étais en fait dans une attitude transférentielle, sorte de fixation affective qui a pour origine probablement les carences affective des premières années de ma vie.
L'accueil, dans le cadre d'une amitié désintéressée, Le partage d'expérience en réunion AA et ma formation dans une session "vie affective" auprès de l'organisme "Personnalité et relations humaines" m'a permis de comprendre l'amour profond, gratuit et désinteressé. D'autre part cet apprentissage m'a permis de différencier l'amour vrai de l'amour possessif, de l'amour inspiré du besoin de sexualité. J'ai compris que l'admiration, le respect, la tendresse sont les composants essentiels de l'amour; sensualité et sexualité venant éventuellement à la suite pour l'épanouissement d'une vie de couple dans un projet de vie commune. J'ai eu la chance d'apprendre comment analyser et vivre en ordre toute ces éléments de ma sensibilité à leur bon niveau. Les fixations affectives peuvent être très fréquentes, j'ai compris que dans ces situations là il était important d'en prendre conscience et de suite mettre une certaine distance, de prendre du recul. Ce n'est pas la fixation affective qui est à bannir elle fait parti de notre sensibilité. Ce qui est important est de ne pas entrer dans une attitude de transfert ou de fixation affective. C'est ce qui permet de garder le contrôle des sentiments, d'éviter les manifestations d'attirance ou les frontières du moi s'évanouissent pour fusionner totalement avec l'objet de son transfert qui peut très bien, si la personne est affectivement fragile, tomber dans une contre fixation affective. J'ai vécu plusieurs fois ce genre d'expérience ou le coup de foudre prime sur toutes autres considérations bien avant qu'un amour plus construit ait pu être mis en place. Bien des "coups de foudre" ont pour origine un emballement croisé des sentiments et lorsque le fusionnel s'éteint tout ce qui diffèrent ou contrarient chez l'autre peut devenir vite insupportable. Il faut alors beaucoup de sagesse soit pour trouver le moyen de continuer ensemble ou pour se séparer sans se déchirer. J'ai enfin compris le sens de la fidélité à mon épouse. Je ne peux pas aimer profondément sans être vrai et pouvoir admirer ma femme dans la durée. Je n'oublie plus qu'aimer c'est admirer l'autre dans sa globalité. Avec une vision positive des êtres je peux admirer beaucoup et aimer tout autant mais pour cela il m'est nécessaire de n'être fidèle qu'à une seule femme, autrement dit pour les aimer toutes il me faut être fidèle qu'à une seule.
Cet amour profond et désintéressé a une dimension spirituelle, en cultivant cette dimension je peux canaliser ma sensibilité et en avoir un bien meilleur contrôle. En quelque sorte la sublimer. Ma progression en maturité affective ce situe dans cette intériorité positive de l'amour profond et spiritualisé de mes frères et sœurs humains.

Pour conclure je dirais que l'évolution favorable de ma maturité affective ne s'est élaboré que par l'évolution positive de tout ce qui constitue ma personnalité. Cette philosophie de vie construite pas à pas me procure une certaine paix, sérénité,  harmonie intérieure et sentiment de gratitude.   

 

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