Accueil  

Liens

Spiritualité AA

une interprétation

A.A.

12 et 12  

Mes textes pour A.A.

 

j'ai refusé la prolongation d'arrêt de maladie que me proposait mon médecin à  la suite de cette cure de 28 jours. J'avais hâte de reprendre mes activités, inquiet malgré tout de l'évolution du carnet de commande des fabricants dont j'étais un des agents commerciaux et dont dépendraient mes prochaines rentrées d'argent. Crainte aussi d'une vacuité face à mes responsabilités , mon avenir , ma famille dont surgiraient certainement beaucoup de questionnements et dont je ne possédais pas les réponses , incertain de ce que seraient mes comportements à venir , et pas encore en confiance pour aborder la vie sans alcool, sans ma " nocive béquille".

Face à cette vague d'incertitude et ce fond d'anxiété qui lui était inhérente ,  j'ai vécu par procuration dans l'espoir que m'apportaient les réunions et les expériences positives qu'exprimaient mes amis A.A.  Une seule chose était importante: celle de ne pas toucher à un premier verre de boisson alcoolisée . Je n'avais pas encore compris à l'époque que c'était en buvant que je nourrissais mon envie de boire et que pour sortir du piège de l'alcool il était nécessaire de vivre ma souffrance du manque pour pouvoir la dépasser.. En effet ce n'était pas un sevrage médical qui me libérerait du besoin de boire . Le sevrage médical m'a libéré du besoin physique de boire mais l'obsession de la boisson restait très présente dans mon mental. J'ai donc vécu mes obsessions et mes périodes de manque uniquement avec le soutien des autres et leurs affirmations d'un mieux tout aussi inéluctable sans prendre le premier verre que la rechute l'aurait été si je me laissais tenter. D'autres petites expériences me furent prêtées pour côtoyer l'alcool sans y toucher . Dans la reprise de ma vie d'agent commercial , il ne se passait pas une seule journée sans être au contact de l'alcool et qui plus est, se surajouter cette instabilité due à toutes mes émotions encore bien mal canalisées. J'ai donc usé de ces petits trucs entendus dans les réunions. -"Non Jacques! Ne prend pas ce verre maintenant .... Peut-être plus tard mais sûrement pas maintenant" . j'ai tellement dit souvent -"demain j'arrête de boire" que je pouvais avec beaucoup plus d'efficacité dire : -"demain peut être je boirais mais surtout pas aujourd'hui". Combien de petites combines ai-je pu utiliser ainsi pour gagner du temps sur l'alcool? Elles furent nombreuses à partir du moment où je me suis décidé à être à l'écoute des autres et alors combien précieuses pour maintenir l'abstinence. La vigilance des débuts d'abstinence n'est pas un vain mot, elle fut pour moi de la plupart des instants un peu délicats tel que: les rencontres avec la clientèle ,les réunions  familiales , la pression sociale avec le poids de ses traditions, us et coutumes, les moments de nostalgies , le souvenir d'ambiance où la fascination pour l'alcool reprenait le dessus .

 L'inconscient collectif est imprégné d'une vision négative de l'alcoolique ainsi ne dit-on pas? -" qui a bu boira" . Face à la pression sociale en faveur de l'alcool et quelques préjugés fatalistes distillés par la "vox populi", Où est la parade ? Tout simplement dans les petites phrases entendues des uns et des autres alcooliques sobres depuis longtemps. Ainsi en contre poids d'une maxime comme celle de : "qui a bu boira" , je peux dire , comme je l'ai entendu dans un groupe "qui a bu....":- c'est le passé- , "....boira": - c'est le future- , - moi A.A. je vis au présent-, et sans toucher au premier verre aujourd'hui tout les espoirs me sont permis .

La philosophie du moment présent est une trouvaille extraordinaire pour aider les alcooliques. Je dois à cette philosophie la durabilité de mon abstinence . Depuis ma participation aux groupes AA , je n'ai jamais plus promis de ne plus boire . Les promesses ne servent à rien, me disait-on . "Essaies seulement de ne pas boire aujourd'hui" . Ainsi sans jamais plus promettre de ne pas boire et vivant un jour à la fois sans y toucher , avec des jours j'ai fait des semaines , avec des semaines j'ai fait des mois , avec des mois j'ai fait des années d'abstinence . En fait une très belle découverte que de comprendre que la vie se résume à une succession de maintenant et plus je vis pleinement le présent , mieux je solutionne mes problèmes et évite bien des tourments. Mais j'y reviendrais certainement, car les bénéfices de cette philosophie sont innombrables et m'ont amené à réfléchir sur bon nombre de mes fonctionnements négatifs.

 Bien des amis m'ont conté leurs souffrances émotionnelles avec son corollaire : boire de l'alcool pour se soulager. Il est vrai que très longtemps j'ai été de verre en verre de soulagement en soulagement sans trop me rendre compte que je descendais la pente de plus en plus . C'est cela la grande illusion perverse de l'alcool celle du soulagement immédiat pour une toujours plus grande assuétude. Vaincre la tentation de l'immédiateté du soulagement par de l'alcool voilà ce qui est de la difficulté du quotidien de l'alcoolique en mal de s'en sortir. Qui peut vivre des frustrations à jets continus sans à un moment ou un autre rechercher la compensation? Marqué par la dépendance à un produit c'est, bien sur, instinctivement ou par la force des habitudes vers celui-ci que je me tourne pour trouver " la compensation" . Comment faire face à cette pression interne insidieuse?

La réunion en fin de journée était un soulagement , une possibilité d'enrichir ma réflexion sur mon problème, une ressource pour réactiver mes motivations positives, des outils mis à disposition par les uns et les autres pour mieux éviter le premier verre et les pièges du quotidien.

Le téléphone est souvent la pièce maîtresse immédiatement disponible pour partager la difficulté et la rendre plus légère. J'avais toujours sur moi un petit carnet avec d'abord 10 puis 20 et 36 ....N° de téléphone . -"Jacques, essaie de téléphoner au moins une fois par jour même si tout va bien, car alors il te sera beaucoup plus facile d'appeler si tu te sens en difficulté". -" Mieux vaut donner un coup de fil que prendre un verre". Un moyen simple de compenser différemment : prendre contact , pouvoir m'exprimer, m'épancher auprès d'une oreille vers laquelle j'étais certain d'être compris. Qui pouvait m'apporter cette certitude d'être enfin entendu sans jugement dans ce que je vivais? Qui ? Si ce n'est un autre moi-même , un alter ego , un autre alcoolique sobre mais ayant aussi vécu ces intenses moments de manque, les "flash" comme disent certains de nos amis . Le téléphone pour exprimer mon malaise? Géniale invention qui me rapprochait de mon frère de misère pour partager la souffrance et de ce fait la soulager. Le téléphone pour partager à tout moment dans une écoute , souvent chaleureuse , toujours attentive et compréhensive .

L'aide aussi des petites phrases cent fois répétées par les uns et les autres , progressivement mémorisées , enfin retenues et qui s'interposaient pour moi au bon moment :

"un verre est de trop et mille pas assez....!"  .

" Il n'y a pas de problèmes que l'alcool ne rendent pas pire" .

" En vivant un jour à la fois sans prendre le premier verre , le plus dur est déjà fait" "Rien ne vaut de remettre en jeu , avec un verre , un petit capital constitué de quelques 24 heures d'abstinence".

 D'autres petites phrases comme celles-là , apprises en réunion , m'aidèrent beaucoup à ne pas céder à cette tentation du soulagement par une prise d'alcool en conséquence d'une tension, d'une émotion, d'une angoisse, d'une peur, ou même d'une émotion joyeuse .

 

haut de page

La découverte progressive de mon identité positive

Etre sur mes gardes , et vigilant pour ne pas me mettre dans des situations trop délicates et risquer sur le coup d'une pulsion de boire le verre qui m'aurait été fatal, occupa mes premiers temps d'abstinence. J'ai également, avec mes amis AA , lors de longues conversations sur ce sujet , appris peu à peu à mieux cerner le positif du négatif . Autrement dit à mieux ressortir dans les actes de ma vie ce qui avait toute chance d'être constructif pour moi de ce qui pouvait être destructeur.

Avec le temps qui s'écoulait sans boire , l'orientation positive que m'inspirait cette thérapie réaliste,  empirique et spirituelle des AA , les émotions devenaient au fil du temps soutenables et le système nerveux maintenant épargné par la sobriété retrouvait un niveau d'irritabilité acceptable . De même, au côté écorché vif de l'alcoolique, le derme avait retrouvé sa consistance  , à la susceptibilité maladive et réactionnelle faisait place à une meilleure compréhension que les autres pouvaient avoir à mon égard. Voilà , ce qui pour moi, m'amena à un état plus stable et la sensation d'avoir enfin accès au vivable. Si bien des moments étaient encore pleins de craintes et d'incertitudes , les améliorations ressenties renforçaient mes espoirs d'une vie meilleure.

J'ai longtemps pensé que je devais avoir un but dans l'existence , et que m'accomplir serait de l'atteindre . Ma réussite sociale et professionnelle me semblait être l'objectif et j'arpentais d'ailleurs bien mal , un peu dans tous les sens, en recherche de cette réussite qui à mon sens aurait dû me combler. Eh bien ! - non - J'étais dans l'erreur . Il  m'a été donné de comprendre tant auprès des A.A. que des formations P.R.H. qu'il était beaucoup plus interessant d'avoir de bonnes raisons de vivre que des buts à atteindre. Ce qui ne m'empêchait pas d'établir un projet , mais un projet remaniable , re-modelable au fil du temps en fonction des réalités présentes . J'ai enlevé du même coup une énorme pression et pas de charge de culpabilité .

 Par ailleurs je sais maintenant que le bonheur ne s'improvise pas il nécessite une bonne autodiscipline et, dans mon cas, beaucoup de soin et une attention positive envers mon intériorité.   

J'ai commencé à comprendre l'unicité de ma personne , sa valeur intrinsèque, la réalité de son fondement inaltérable tant qu'il y a de la vie et pour autant que je reste en relation étroite à ma réalité profonde .

Une de mes premières découvertes fut de comprendre que j'étais accepté dans la vie de plein droit du simple fait d'être né . J'avais toujours tendance à me déprécier, à ne pas me trouver valable, à douter des sentiments de ceux qui m'aimaient , à me dire : "mais après tout je n'ai pas demandé à naître donc ce qui m'arrive n'est pas de ma responsabilité". J'en venais presque à en vouloir à mes parents d'être là. J'ai enfin compris que ma naissance est l'acte par lequel j'ai acquis un plein droit à une place dans la vie. Cette première base une fois établie m'engagea vers un plus d'autonomie et j'ai réussi ensuite à dire plus facilement mes volontés et mes désirs que d'en avoir peur. Je pus enfin dire non merci sans gêne. J'ai enfin compris que moi seul pouvait  décider de ce que j'avais à me mettre derrière la cravate et personne d'autre pour quelque raison que ce soit . J'ai également compris que le but de la vie est très simple , le but de la vie c'est vivre  et bien sûr vivre le plus heureux possible.

J'ai vécu depuis lors une intégration dans la société plus franche , plus libre, plus vraie. Je pouvais enfin dire :" je fais partie de leur groupe même si je trinque avec une boisson différente d'eux. Il a fallu que je comprenne que ma différence , celle d'être un alcoolique , n'est en fait qu'une particularité de mon identité comme tous ceux avec qui je trinque ont la leur. Enfin j'ai compris que nous sommes tous différents et que l'une de mes différences n'est rien d'autre que l'une des particularités qui fait mon unicité. N'est-ce pas là une des richesses du genre humain, d'être à la fois, tous différents et complémentaires? Il a été nécessaire d'en être convaincu pour vivre plus détendu mes relations sociales , familiales et professionnelles sans se conformer aux autres dans toutes ces libations qu'accompagnes presque toujours les pratiques sociales , ainsi que nos us et coutumes.

Si auparavant je considérais mon état alcoolique vu successivement et progressivement comme un vice, une tare , une folie, un défaut , un handicap, une maladie, une déficience , je le vois , bien plus maintenant et depuis longtemps comme un tremplin , une dynamique de progrès pour le maintien d'une vie heureuse et encore perfectible.   

Pouvoir inclure à mon identité une réalité aussi décriée , à l'image si négative aux yeux du commun des mortels , a été tout à fait positif pour moi , en effet à partir d'une acceptation d'un fait généralement considéré comme suspect ou rebutant m'a permis d'accepter bien d'autres limites ou manques à ma personnalité . Je peux maintenant sans crainte, beaucoup mieux cerner les contours d'une personnalité qu'auparavant je rejetais presque entièrement.

J'ai appris qu'en me heurtant à ma limite je peux l'accepter , la reconnaître , et par ce fait peu à peu la repousser plus loin.

Une des attitudes les plus importantes découvertes au fil des réunions et qui s'imposa à mes yeux comme un critère à retenir et à essayer de faire vivre en moi, a été de faire davantage confiance à mes ressentis positifs qu'à mes raisonnements. J'ai découvert peu à peu que certaines intuitions devaient prévaloir , malgré parfois les apparences , sur mes argumentations logiques , mes raisonnements et toute une réflexion construite et même apparemment séduisante . j'ai appris à me méfier d'une trop belle argumentation qui n'ait que trop souvent l'autojustification d'un désir inconscient pas toujours des plus positif.

N'aurais-je pas, aujourd'hui, mieux à faire pour que tout se déroule comme il se doit ?

Voilà le genre de question qu'il est important que je me pose . J'essaye d'écouter la réponse immédiate et intuitive qui me vient à l'esprit et d'y faire confiance . En pratiquant de la sorte , ne faisant intervenir le raisonnement et l'analyse logique qu'ensuite, pour vérifier la pertinence et seulement la pertinence , ma vie s'est déroulé de façon infiniment plus satisfaisante. Le fond positif de ma personnalité est plus intelligent pour moi-même que ma tête. OUF! J'ai enfin trouvé une vérité pour moi très importante . Je ne dois pas me confondre avec mon intelligence , je ne suis pas mon intelligence ( ce que j'avais toujours cru ) Je suis bien plus que mon intelligence et celle-ci n'est qu'un des bons outils mis à ma disposition comme n'importe quelle autre capacité pour me servir , servir les autres ou être au service de la vie.

Entre, un fonctionnement où l'image dévalorisée de moi , la sensation de toutes sortes d'incapacités et de troubles tel que je pouvais les ressentir à l'époque , et le désir insatiable de me valoriser aux yeux des autres et faire n'importe quoi pour obtenir un peu de considération, je fus très éloigné de la vérité sur moi. Je n'étais pas à un mensonge près . Cette très mauvaise habitude, mise en place par des mécanismes défensifs de protection de l'image que j'avais de moi-même , pris du temps pour se résorber. L'image positive que me renvoyait mes amis AA, la prise de conscience grâce à la formation P.R.H. de mes réalités positives m'apporta suffisamment de sécurité et de connaissance pour lâcher progressivement mes envies de déguiser la réalité. J'ai peu à peu reconnu que j'avais des capacités, pas les mêmes que les autres , mais j'en avais , tout autant . La confiance en moi revenait et je pouvais commencer à voir mes vraies capacités et comprendre où étaient mes déficiences. Comme beaucoup j'aurais voulu être le plus beau , le plus riche , le plus intelligent , le plus fort, j'ai passé beaucoup de temps inutilement à essayer de le faire croire. Maintenant, j'ai compris que je suis tout cela, il suffisait que j'enlève "le plus" comme d'ailleurs " le moins " tant pour moi que pour les autres. A partir de là , le confort est maximum. Plus besoin de vivre les relations aux autres en rapport de force , je peux vivre partout autour de moi des relations égalitaires . Il n'y a plus guère de condescendance , ni de mépris , plus de domination ni de soumission, la peur de l'autre est disparue quelque puisse être son statut . Dans la sincérité, ma vérité positive est apparue bien plus nettement. J'ai commencé à pouvoir faire un peu le compte et l'état de mes capacités.

Je ne pense pas qu'au stade où je suis du développement de mon témoignage, il soit très intéressant de détailler ce que j'ai découvert sur mes capacités , bien qu'elles fassent parties des réalités positives de mon identité, mais bien plus tôt des conditions de leurs émergences telles que abondamment décrites au long de ces quelques chapitres. Néanmoins, je parlerais quand même d'un point important à mon sens celui de l'intelligence: capacité si difficile à cerner chez soi-même et les autres en fonction de leur diversité de forme.

D'ailleurs, doit-on parler d'intelligence ? Disons qu'il s'agit plutôt de capacités variées et multiples. Une des premières intelligences de ma part a été de les faire cohabiter avec d'autres pour résoudre mes problèmes . J'ai une intelligence mais comme , je le pense , pour le plus grand nombre des êtres humains elle n'est que parcellaire . La vraie intelligence ne serait-elle pas de la mettre en interaction avec les autres et lui donner ainsi probablement sa vraie dimension. Je me suis aperçu qu'une "intelligence " bien supérieure naissait souvent du partage des idées de chacun pour autant que la relation soit égalitaire et sans jugement . Il se passe alors des compréhensions dont je ne me serais jamais cru capable. En partageant avec d'autre , j'ai enrichi mon cerveau d'autres choses que ce qui y tournait habituellement me propulsant de la sorte bien au de là de ce dont je me croyais capable . Il est évident que je suis resté très isolé pendant très longtemps ne me confiant à personne avec toujours les mêmes façons de penser . Les mêmes causes entraînant les mêmes effets , je me retrouvais toujours dans les mêmes difficultés. J'ai compris que si je voulait devenir intelligent dans la conduite de ma vie , le partage sincère avec d'autres m'était indispensable.

Quand à me demander si je suis vraiment intelligent ? je répondrais , maintenant , ni plus ni moins que la plupart des personnes . Tout étant, probablement, dans la façon dont j'emploie cette capacité. Néanmoins, je me cerne dans cette capacité de la façon suivante: ce dont je manque en vivacité et facilité de répartie, je le retrouve en faculté d'approfondissement avec peut-être plus de facilité à la  synthèse globale qu'à l'analyse . D'une façon générale , j'ai pu observer que depuis quelques années dans les perspectives de mon devenir , l'avenir, à court et moyen terme ,me donne souvent raison.

Une autre de mes prétentions horriblement pénalisante fut de penser qu'avec mon  intelligence je pouvais arriver à tout et qu'elle n'avait pas de limite. Là comme ailleurs je suis très limité , je ne peux pas tout comprendre . Face à l'incompréhensible j'ai toujours la faculté d'accepter en attendant de comprendre ou de demander les réponses et lorsqu'il n'y a pas de réponse, accepter ma limite intellectuelle. Bien des frustrations, des rejets , des indignations , des jugements téméraires ou injustes me sont maintenant épargnés en acceptant que mes possibilités soient limitées . Cette nouvelle attitude , plus humble, me procure d'ailleurs une meilleure intelligence des choses . L'ouverture, l'accès, la disponibilité que je laisse à mon esprit de pouvoir accueillir et agencer l'ordre des choses de façon naturelle, sans blocage me permet de comprendre ce qui auparavant ne m'était pas accessible.

L'expression même du positif de ma personnalité a été considérablement gênée, freinée, bloquée par un complexe très enraciné dont j'ai eu la chance de pouvoir me libérer. Ma timidité maladive avait des origines diverses mais se manifestait toujours de la même façon: peur des autres , peur surtout du groupe et aussi de m'exprimer dans un groupe. Peur panique souvent avec l'envie de fuir , peur au point de me sentir inhiber, panique avec la moiteur du visage et des mains , peur aussi que l'on voit que j'ai peur. Je pense que l'origine de mon alcoolisation me vint de ce complexe , en effet il suffisait que je boive quelques verres pour en être libéré. Il m'apparut donc important que je puisse améliorer cet état de souffrance si je voulais tenir ma sobriété.

C'est la libération de ce complexe que je vais tenter de décrire. J'ai pu faire quelques progrès avec mes amis AA du fait de ne pas me sentir juger . Reprenant confiance en moi et en ma sobriété j'ai osé commencer à m'exprimer dans les réunions AA . J'ai pu comprendre que dans ma timidité il y avait curieusement une certaine dose d'orgueil . J'avais quelque part l'appréhension d'être jugé au travers de mes propos et je les voulais de ce fait parfaits pour que l'on ai une opinion parfaite de moi. Inconsciemment pour ne pas risquer ce grand danger de paraître ridicule en cherchant mes mots et risquer l'interprétation erronée de mes propos , je choisissais de me taire . Comprendre ce mécanisme m'a permis peu à peu d'apprivoiser le fait que je pouvais me tromper en m'exprimant, que je pouvais sans danger perdre le fil de ma pensée, que même il n'y avait pas de danger à paraître ridicule à l'occasion. Je me suis donc rééduqué à la parole au sein de ce groupe que je fréquentais régulièrement. J'ai donc, dés lors ,bénéficié d'une amélioration .

Pourtant, une souffrance certaine subsistait et l'angoisse du groupe n'avait pas disparu , seule la parole s'était un peu libérée. Il y avait un autre problème derrière celui-là. J'ai eu bien de la chance de pouvoir aussi le découvrir. Un éclair de compréhension aussi soudain qu'imprévu déchira le voile de cette angoisse permanente de mes vécus au sein des groupes fréquentés . En effet je m'étais aperçu que je pouvais avoir une relation paisible et communiquer normalement avec une personne en tête à tête mais dés qu'il y avait une troisième personne et plus, l'angoisse montait. Pourquoi? Au cours d'une formation P.R.H. au sein d'un groupe , chacun fut invité à exprimer son problème. Courageusement , j'ai entrepris d'évoquer , malgré ma peur , ma timidité maladive. J'ai donc évoqué devant ce groupe toutes les situations d'angoisse que me provoquaient cette timidité . A l'issue de l'exercice , les membres du groupe étaient invités à exprimer ce qui avait été ressenti par rapport au problème exposé. Bien inspiré un des membres du groupe me fit le reflet de quelques-unes des expressions que j'avais utilisées dans l'exposé de mon problème tel que : "peur du groupe " , répété 3 ou 4 fois et les mots "père et mère". En un éclair, véritablement la sensation de l'éclair devant les yeux , la compréhension me vint avec une sensation d'apaisement. J'avais compris et du même coup désamorcer ma souffrance psychologique. Comme je l'ai déjà évoqué mes parents très pudiques ne manifestaient pas leurs sentiments devant moi . Je ne les voyais jamais s'embrasser devant moi, ni non plus se chamailler devant moi . J'ai donc vécu là une non intégration au groupe "père mère" puisqu'ils ne me donnaient pas accés à leurs sentiments qu'ils conservaient pour eux deux par ailleurs. Bien que j'eusse une bonne relation personnelle avec chacun d'entre eux ,  inconsciemment j'ai, malgré cela, intégré une forte sensation d'exclusion du groupe initial que représentait pour moi le groupe "père mère". Ma première expérience de groupe de personnes a donc été une expérience d'exclusion et c'est cette  sensation d'exclusion du 1er groupe que j'ai transposé en permanence tout le long de mon existence . L'angoisse de l'exclusion répétée indéfiniment dans chaque groupe côtoyé. Quel soulagement d'avoir pu découvrir l'origine de ma névrose . Je me sens maintenant bien intégré quel que soit le groupe fréquenté. Ce noeud de souffrance au coeur de mes relations sociales, dénoué par quelques mots-clés, libéra biens des énergies . Bien des capacités purent alors se mettre en place et me donnèrent la possibilité d'exercer des responsabilités dont je ne me serais jamais cru capable auparavant.                        

"Stendhael" , grand écrivain classique de notre littérature , disait : " L'on peut tout connaître , pourvu que l'on s'y consacre, sauf soi-même" Vrai probablement à son époque , mais à la nôtre c'est faire injure à la psychologie moderne et nier les efforts de beaucoup de dépendant qui pour se sortir du marasme de leurs addictions ne peuvent pas faire l'économie de la "connaissance de soi" .          

    retour sommaire                                                                                                                        haut de page

Suite :  

Accueil  

Liens

Spiritualité AA

une interprétation

A.A.

12 et 12  

Mes textes pour A.A.