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Spiritualité AA

une interprétation

A.A.

12 et 12  

Mes textes pour A.A

Prise de conscience de ma triste réalité et d'une fin pitoyable inéluctable.

Avais-je un problème ? Je me posais encore la question alors que je connaissais l'évidente vérité, tant j'espérais encore pouvoir la contourner, la gommer, l'éviter, ou la forcer à se soumettre à ma volonté.

J'étais inquiet et devenais craintif de mes propres attitudes. Une maladie mentale m'affectait-elle ? Etais-je victime d'une noire destinée? Un mauvais sort , une malédiction s'accrochaient-ils à mes pas?

Mon interrogation sur mon état mentale dura cinq ans . Je me cachais derrière cette interrogation pour ne pas rendre l'alcool responsable les faits négatifs de ma vie  . Inconsciemment je préférais créer un problème annexe de toute pièce pour protéger et prolonger ma relation à l'alcool. Que de savantes subtilités mon inconscient était capable pour protéger une partie de moi-même devenue indissociable de l'alcool et du tabac. Néanmoins cela me rapprocha un peu de ma vraie réalité, car l'alcool entretenait ma folie, celle-ci, par la peur, fut le premier signe ,timide, d'acception de mon état.    

J'avais un problème nerveux ou psychologique , déjà ce type de problème m'était pénible à envisager . Pensez donc ? moi, " le plus beau , le plus fort, le plus intelligent, avoir un problème et entamer  "mon image de marque", pas possible...! Cela me semblait au-dessus de mes forces. J'étais trop accroché à une façade, une image idéalisée de mon personnage, pour accepter de descendre de mon piédestal . Mais les faits étaient là de plus en plus lourds à porter: deux retraits de permis (" Galère" pour mon métier d'agent commercial) , une procédure de divorce en cours, la réprobation familiale, le regard en coin des enfants, des paquets de contraventions pour stationnements abusifs, l'huissier, les découverts en banque, et bien sûr souvent entraîné plus loin que ce que j'avais décidé et même là ou jamais je ne pensais me rendre.

Mon obsession alors devint celle d'entrer dans un usage réglé de consommation , voilà ce qui devait pouvoir contenter et mon entourage, et moi-même un peu à contre coeur, mais puisqu'il le fallait...!

Mon médecin me le disait bien que je devais pratiquer l'abstinence au moins pour quelques années ....! ( Il me ménageait ), voulant me laisser un espoir, peut être à tort d'ailleurs ? Eh bien non , je devais pouvoir maîtriser et décider de ne prendre que de deux à quatre verres par jour pas davantage.

Epatant c'était possible, j'arrivais à me conformer à cette discipline, fier de mon succès , j'ai souvent pensé être sorti d'affaire. C'était sans connaître la formidable force de la dépendance, du peu de constance de cette pauvre énergie cérébrale que l'on nomme "Volonté" . Contrairement à ce que pense la majorité de la société, les Alcooliques ont de la volonté ; certain même peut-être plus que d'autres, mais pour combien de temps face à une dépendance qui vous guette sans relâche, à l'affût de la moindre défaillance. J'ai ainsi pu observer que bien souvent, pendant un certain nombre de jours, je contrôlais effectivement ma boisson et ne consommais que la ration auto-prescrite. Il suffisait de peu de choses pour retomber dans l'exces : Une journée noire, une contrariété, un petit problème inhabituel, une émotion trop forte , une angoisse, une critique , un jugement peu flatteur, un rien parfois . Je ne sais d'ailleurs pas , si je ne provoquais pas moi-même un incident pour autojustifier les verres supplémentaires ou la "cuite" Je n'ai pas trouvé de solution dans cette voie de la modération de boisson, pour la cigarette non plus d'ailleurs.

Mes échecs répétés me sapaient le moral , la panique me prenait souvent , comment pouvoir vivre sans mon alcool , j'avais en effet vaguement conscience d'une échéance inéluctable. Mes bonnes résolutions s'envolaient de plus en plus , je n'y croyais plus , mes cuites devenaient lamentables  , l'atmosphère à la maison très éprouvée par des espoirs toujours déçus devenait lourde, angoissante, insupportable. La pression qu'exerçait mon ex-épouse pour me faire comprendre mon état commençait à agir.  J'allais de médecins en psychiatres avec cette désespérante conclusion pour les plus honnêtes : "Monsieur, vous êtes Alcoolique" . L'un d'eux m'avait même recommandé de lire le Livre de Joseph Kessel : "Avec les Alcooliques Anonymes". J'ai obtempéré , mais combien d'années plus tard?

J'ai consulté à l'époque le seul service d'alcoologie existant sur la région, de sinistre réputation, appelé le "Pavillon 54" qui avait été créé pour les alcooliques dangereux. J'y rencontrais , quand je ne manquais pas les rendez-vous , le Professeur Fontan, un précurseur de l'alcoologie régional . Cet homme très chaleureux m'a écouté sans me médiquer , ni me dicter ma conduite. J'ai été mis en confiance. J'ai alors enfin décidé d'un séjour de 3 semaines dans son service pour me libérer de cet Alcool.

Si je suis entré en cure la "queue basse" sortant d'une mauvaise cuite, j'ai rapidement repris du poil de la bête. Mon optimisme béat aidant j'ai pris mon séjour comme une parenthèse. Dans ce parcours, l'alcool était devenu un accident et la cure une réparation de la fracture. J'envisageais donc ,déjà, à la sortie la libre disposition de vivre comme tout le monde et, bien sûre, boire comme tout le monde .  Le seul progrès dans mon attitude était d'avoir, quand même, compris d'abandonner  l'idée de maîtriser mes ivresses car jusqu'alors j'avais toujours eu la prétention de pouvoir me soûler dignement. Je me souviens avoir dit à mon père qui m'avait rendu , malgré tout visite, que je vivais la cure comme une punition. En fait la punition accomplie , j'avais payé ma dette, tout était donc réparé . La vie pouvait se poursuivre comme si rien ne s'était passé.

Les médecins , la psy, les infirmiers , les autres curistes , tous me disaient que l'alcool n'était plus pour moi. Un entêtement à la mesure de ma dépendance et tout aussi enracinée que la vie qui était en moi me disait : tout cela est bien beau , il ont sans doute raison, mais moi c'est pas pareil et il n'y a aucune raison pour que je n'en fasse pas comme bon me semble. " Cause toujours mon Lapin , je n'en ferais qu'à ma tête".

Content de ma nouvelle forme physique en sortant de ce séjour , vécu comme une contrainte, j'ai eu à coeur de rester quelque temps dans l'abstinence . J'ai fait renaître l'espérance au foyer. J'ai repris immédiatement la vie active . Mais , si j'étais libéré du besoin physique de boire, tous mes problèmes de personnalité étaient toujours là , avec leurs cohortes de souffrance psychologique. Rien n'était réglé. Il fallait que je force mon personnage pour faire , ce que je pensais savoir faire facilement avec l'aide de l'alcool. J'ai donc réessayé de boire , mais toujours , en me disant quatre  verres dans la journée pas plus, avec la certitude d'y arriver et de rester "cool" . En fait quinze jours après ma sortie j'ai pris un demi de bière, je me suis observé: pas de malaise, rien. Le lendemain j'en ai bu deux , pas de suite fâcheuse, et progressivement jour après jour la quantité a augmenté , je n'ai même pas appréhendé ma fameuse limite à quatre verres par jour. Il n'a fallu que quinze jours pour que sans trop m'en apercevoir une "sacré cuite" me tombe dessus . Quelle désolation au réveil dans le petit matin ....!

Je ne comprenais pas , j'avais fait une cure , j'aurais dû être guéri, et tout, à ce moment-là, me semblait à refaire. Je retourne voir le psychiatre , très éprouvé par ce nouvel échec. Au cours de l'entretien , sans bien me rappeler ce qu'il avait pu y être dit, Je me souviens seulement de ma question , très importante, mais qui m'engageait dans une attitude de demande par rapport à mon problème. Je situe cette demande comme ma première démarche vraiment volontaire pour m'en sortir . Tout ce que j'avais fait précédemment , l'avait été sous la pression de l'entourage ou suggéré par la médecine. J'ai demandé, enfin, j'ai demandé si un mouvement d'anciens buveurs aurait pu m'aider dans mon problème. Le professeur Fontan m'a alors indiqué plusieurs Associations dont celle des "Alcooliques Anonymes".

" Bingo....! Ce sont les AA que j'ai choisi pour trouver de l'aide. J'étais encore loin de ma solution, je n'avais pas abandonné la partie, j'espérais encore qu'avec de l'aide, j'allais pouvoir boire modérément, de plus je n'avais pas encore accepté d'être un alcoolique. Si quelque part j'avais voulu demander de l'aide, ce n'était pas encore pour la bonne cause. Boire modérément, avec de l'aide, devait être possible grâce à cette Association et ces "idiots d'alcooliques" . Je vivais les dernières étapes de mon parcours de buveur. L'incroyable entêtement pour conserver quelques choses de ce fascinant produit  alcool me convainct  de le croire pourvu  d'une puissance  maléfique .Maléfique au point d'ailleurs de le rendre difficile à comprendre au commun des mortels et même aux spécialistes de l'alcoologie . La plupart ne  restent-t-ils pas  souvent dans une incroyable naïveté quant à  la capacité de leurs patients à se priver d' alcool ?.

Même en fréquentant les AA, je ne suis pas encore devenu alcoolique ! . Non , je n'étais pas comme eux , moi ce n'était pas pareil, je n'étais pas passé par la prison , je n'avais pas fait de nombreuses cures hospitalières, ( je ne voulais pas faire entrer dans le compte les innombrables cures ambulatoires), je n'avais pas perdu mon boulot , je n'avais pas encore divorcé etc...

Et pourtant dans les témoignages, je me reconnaissais sans vouloir m'identifier. Je vivais,  dans les réunions, un ressenti très contradictoire. D'un côté, je me rendais compte que j'étais bien comme eux et par ailleurs je refusais cette évidente vérité d'être  pareillement dépendant de l'alcool. Cette contradiction vécue intérieurement créait chez moi une tension importante que j'allais libérer en prenant ,trop souvent, une cuite à la sortie de la réunion. Essayant de boire pour bien me prouver que je n'étais pas de leur bord.

Une année entière vécue en jouant à "saute de mouton" entre la rechute et l'abstinence . Autrement dit, je rechutais comme on plante des choux. L'alcool était toujours là . Un fait positif pourtant: que je sois en rechute ou abstinent, j'allais presque chaque semaine en réunion . Le moral était bien bas et quoique je puisse en penser , le soutien de ces personnes que je ressentais très proche de moi me remontait le moral , me donnait l'affection et l'estime que je ne trouvais plus ailleurs, et créait, dans mon univers souffreteux et noir, une lueur d'espoir.

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Capitulation et renaissance

         Boire et ne pas boire , deux éléments en profonde contradiction , se vivaient de l'un à l'autre  tour à tour , mais vu avec les arguments de l'un sans vouloir prendre en compte les arguments de l'autre . Je ne pouvais donc élaborer un compromis suffisamment conciliant pour être viable . Ainsi, je désirais vraiment arrêter de boire d'une part et d'autre part je ne voulais pas quitter l'alcool et prétendais toujours pouvoir en modérer l'usage . Je m'explique donc cette période extrêmement perturbante, par des hauts dans l'abstinence et aussi vite par des très bas dans les abîmes brumeux de l'alcool sans jamais trouver cette possibilité d'un juste milieu . Ce compromis idéal n'était plus dans mes capacités depuis bien longtemps et il devenait de plus en plus nécessaire que je l'accepte.

Peut-on parler d'une compréhension de mon état ? d'une révélation de ce à quoi j'en étais arrivé? D'une prise de conscience ? Beaucoup parle du "Magic moment" où tout s'éclaire . On parle aussi de ce fond devenu tellement insupportable et là, miracle, l'esprit bascule, tout devient claire, comme si l'insupportable de la souffrance faisait d'un coup basculer dans un nouveau monde .

L'insupportable d'une souffrance serait-il la pierre d'achoppement pour modifier les structures de l'esprit? Un peu comme les limites des états d'un corps qui se sublime quand les conditions extérieures l'y contraignent? Peut-être, à ceci prêt que l'insupportable est vraisemblablement différent pour chacun, une projection hors du moi blessé pour lui échapper et lui survivre. Mais au même moment en état de projection, détaché de la souffrance, pouvoir regarder la réalité en face et l'accepter. J'ai accepté ma triste réalité lorsque je me suis vu ouvrant les yeux sur un autre moi-même installé sur un banc public émergeant d'une ivresse sans fin , dans l'oublie des jours passés, démuni de mes attributs habituels :  voiture , allure convenable, argent de poche, portefeuille en lézard, cravate, et un minimum de dignité. Un grand choc devant cet homme proche du clochard , et qu'en esprit je n'étais déjà plus, mais vu comme la dépouille qu'il fallait quitter. Que faire dans cet état de dénuement , de profond désarroi , dos au mur de la clochardisation et face à une mort sociale , spirituelle et physique probablement proche? Tous les supports de base sur lesquels étaient édifiés fierté et amour-propre avaient disparu et par chance entraînèrent mon orgueil par la même occasion. Je pus enfin me voir en vérité. J'ai lâché prise et accepté d'être un alcoolique, accepté comme le disaient si souvent mes Amis AA, que le premier verre était celui que je devais éviter à tout prix, accepté que j'avais besoin d'aide pour m'en sortir. Trois acceptations capitales , essentielles pour amorcer mon rétablissement. Trois acceptations que je n'ai jamais remises en question et qui m'ont permis une abstinence durable. Mais à ce moment je ne voyais encore rien de tout cela et n'avais pas encore réussi à mettre des mots sur ce qui m'arrivait. Face à cet anéantissement vécu enfin avec lucidité , ma première démarche , démarche enfin de sincérité a été d'appeler un ami , une relation dans mon métier de représentant . J'avais de la confiance pour cet homme , proche des lieux , de l'avenue si non du banc public sur lequel mon fond fut enfin touché . Je l'ai appelé et enfin avouais mon état. Je me souviendrais toujours de cet appel téléphonique , pour la première fois, j'avouais à une personne, ma vraie réalité , " Je bois depuis des jours, je suis alcoolique, il faut venir m'aider , je veux m'en sortir...." Ce fut une chance que mes propos purent être pris en compte sur le champ . Peut-être , ne firent-il que confirmer ce que cet homme ressentait à mon égard depuis longtemps . Toujours est-il qu'il me recueillit sans tarder , prits le temps de chercher et de récupérer mon véhicule non sans mal, n'ayant comme indication que le quartier où je m'étais traîné de "chapelle en chapelle" et m'installa chez lui. Je n'y suis resté que fort peu de temps, tourmenté par l'effet du manque , je l'ai supplié de me conduire aux urgences de l'hôpital le plus proche dans une profonde angoisse et la crainte d'un D.T. Une chance aussi d'avoir réussi, à la suite de ce service d'urgence, à entrer dans la structure de soins , service gastro du docteur Haas , de l'hôpital de Saint Cloud en fait au de là de la "Gastro" très spécialisée en alcoologie.

Etonnant que je puisse y entrer séance tenante dans ce service très encombré où les délais d'admission se comptaient pratiquement en mois. J'ai dû être convaincant et ma motivation très ferme, basée alors sur sincérité et vérité, n'a pas échappé au médecin chargé ce jour-là des visites d'admission. Très conscient du parcours accompli, de ma motivation et que de ce fait les meilleures chances de succès étant réunis, il fallait me donner ma chance. Merci encore à ce médecin perspicace, sachant bousculer les règles en fonction des opportunités positives. Qu'aurais-je fait si je n'avais pu être accueilli? Bien qu'enfin convaincu de la nécessité de l'abstinence , sous les effets du manque aurais-je pu tenir ? L'intensité de mes compulsions n'aurait-elle pas submergé ma bonne volonté ? et ne serais-je pas reparti dans des libations sans fin? Dieu merci, j'ai été à ce moment compris au plus profond de ce que je vivais pour enfin faire une vraie cure de désintoxication salvatrice.

Mon état d'esprit en pleine mutation me permit d'aborder ce séjour en hôpital avec une attention toute nouvelle pour comprendre et évoluer dans mes façons d'être. Il est vrai qu'au point où j'en étais sans bonne volonté et un désir sincère d'en sortir , la meilleure des cures ne pouvait pas grand-chose pour moi. De même sans soins spécifiques même avec la meilleure des volontés j'avais bien peu de chance de m'en tirer. Complémentarité donc essentielle pour redémarrer d'un bon pied avec les meilleures chances d'une sobriété durable. Je fus rapidement présenté à "Mouka" attachée au service sous prétexte d'ergothérapie, en fait sont rôle était d'être à l'écoute des malades . Membre des Alcooliques Anonymes , sobres depuis longtemps, ne faisant pas mystère de sa dépendance et de la façon dont elle l'avait surmontée , elle a sûrement remonté le moral à bon nombre de patients leur redonnant espoir et quelque peu confiance en eux. La différence de relation avec celle-ci tenait davantage dans la notion de partage des ressentis qu'avec les soignants la relation était plus technique et portait plus sur les comportements.  

Mes relations avec la clientèle, si elles n'étaient pas trop compromises, il n'en fut pas de même vis-à-vis de mes commettants, tous fabricants et pour lesquels j'avais mission de vendre les produits. Sans nouvelles de ma part depuis quelques semaines, leurs courriers alarmants, que me communiqua mon épouse, ne faisaient qu'ajouter du désarroi à mon drame personnel. Là aussi dans cette nouvelle attitude d'acceptation de la réalité , j'ai eu le bon réflexe de jouer la vérité et par téléphone reprendre contact et dire ma vérité , acceptant par avance les éventuelles réactions négatives de mes correspondants. Ce fut un soulagement extraordinaire. L'accueil que je reçus m'enleva d'un coup une "tonne" d'anxiété liée à mon avenir professionnel. "Monsieur", m'a-t-on dit en substance," merci de votre franchise, prenez votre temps pour vous soigner , nous admirons votre courage de prendre le taureau par les cornes , revenez nous voir dés que possible et nous mettrons nos affaires en ordre" La vérité a été payante et ma culpabilité sur un plan professionnel très allégée. Je n'en devins que plus disponible à la compréhension de mon état.

La fin de mon séjour approchait, l'hyperexitabilité nerveuse avait disparu , les angoissantes perspectives se dissolvaient dans une vision de l'avenir plus rassurant parce qu'appréhendable. Toutes les interrogations et difficultés que me posait mon état pour l'avenir, prenaient un aspect, tout en étant incertain , non insurmontable. Autrement dit , une confiance suffisante revenait pour pouvoir accepter sans trop de paniques , la dure confrontation avec la réalité en sortant de cure.

Toutes ces épreuves récentes me permirent d'un coup de vivre une confiance inconditionnelle envers les AA . Ils m'avaient tout prédit sans déguisement , pourquoi alors n'auraient-ils pas aussi dit la vérité sur le rétablissement ? Ainsi, j'eus foi en leurs soutiens pour me rétablir et éviter l'alcool. Cet espoir qu'ils représentaient m'était bien nécessaire, j'étais à un tournant bien hypothétique de mon existence. Dans la plus mauvaise passe de toute ma vie : un paquet de dettes important , une procédure de divorce en cours , sur le fil du rasoir professionnellement, et l'incertitude quant à ma capacité de vivre sans boire. Qu'allais-je devenir? La tentation de "reprendre mes billes" et de réinvestir ce personnage que je venais de quitter , orgueilleux, vaniteux suffisant toujours à la recherche d'une belle image de marque ne m'est plus venu à l'esprit . Je crois avoir bien abandonné cette dépouille, probablement aussi grâce à l'image positive que présentaient les Alcooliques Anonymes de façons très concrètes en disant "Je m'appelle jean ou X et je suis alcoolique...." . Pourtant rien dans leurs apparences ne le confirmait , leurs attributs étaient ceux de personnes respectables avec l'air heureux. Si c'était cela être un alcoolique, formidable..., alors pourquoi ne pas l'accepter pour moi-même , certes, en tant qu'alcoolique pouvoir m'identifier à une image positive, et le vivre enfin dans une bonne estime de moi.

Voilà très probablement sur quel type de ressenti je quittais cet hôpital

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