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Spiritualité AA

une interprétation

A.A.

12 et 12  

Mes textes pour A.A.

La révolte devant un monde que je n'arrivais pas à comprendre.

Rien ne compensait mon inconfort psychologique , bien que vivant sur un standing tout à fait acceptable. Etais-je idéaliste, ou plein de vanité et d'orgueil ? j'avais, je crois, une bonne dose de ce type d'attitude en moi. J'ai beaucoup rêvé mon existence, faisant des projets de toutes sortes, d'ailleurs trop souvent au delà de mes capacités , mais avec une certaine prudence ce qui avait pour résultat  d'être sans effet concret . Il n'en restait le plus souvent qu'un amer goût d'échec, sans même avoir vaguement cette satisfaction d'avoir eu le courage d'essayer.

Dans ma relation aux autres , je décrivais mes projets non pas en tant qu'idées mais comme des réalités naissantes. L'estime de moi souffrait de cette vanité , je culpabilisais de mes fanfaronnades , et à gonfler mon personnage je ne faisais qu'augmenter mes déceptions et sentiments négatifs à mon égard.

Je ne pouvais pas vivre dans la mésestime complète de moi , il fallait bien que je m'aime un peu quelque part , voilà donc la raison du développement de mon idéalisme , de ma vanité , de mon orgueil , des réflexes défensifs. D'autres comportements négatifs apparurent , la critique de mes proches , le dénigrement de mes connaissances, la révolte face aux situations et circonstances défavorables, la médisance quand cela ne frisait pas la calomnie, jusqu'au point de me croire moi-même dans ce que je disais. Voilà les attitudes que souvent j'adoptais vis-à-vis des autres , par contre bien souvent, ou entre temps, mon attitude intérieure était de me plaindre, de  me trouver malchanceux ,d'avoir une mauvaises étoiles , de penser que les autres m'en voulaient, d'être pessimiste par moment. Un trop plein d'attitudes négatives m'embarquait fréquemment dans une fuite éperdue , voilà peut-être une des origines de mes "neuvaines" dans l'alcool , les bars , les boites. Autrement dit, une révolte contre moi-même , une tentative inconsciente de destruction du moi malade.                         

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La longue descente dans les tourments de la dépendance alcoolique et tabagique.

Quand suis-je devenu dépendant de l'alcool? A mon insu? Oui et Non. Un vague murmure en bruit de fond persistant aurait pu m'alerter de ma dépendance, bien avant même les effets les plus marquants, si j'avais bien voulu y prêter attention , m'écouter, et analyser avec sincérité cet avertissement en filigrane. Ce que j'ai décrit plus haut était déjà une dépendance psychologique à l'alcool et bien avant encore à la nicotine . La différence pour ma part entre ces deux dépendances n'est de fait qu'un accrochage immédiat de la nicotine sur un plan physiologique, même si mon besoin de la cigarette était de plus un mode compensatoire à mes frustrations. L'appétence d'alcool d'un point de vue biologique ne s'est produit que bien après le besoin psychologique . Ma dépendance à l'alcool est donc devenu , ce qu'en dise les Alcooliques Anonymes : " Un assujettissement physique à l'alcool doublé d'une obsession mentale". Ce chemin fait tour à tour , de non vie, de relation exclusive à la boisson, d'abrutissement, de perte de conscience , de folie, d'aberrations, d'actes manquées, de culpabilités, et bien d'autres souffrances tant physiques que morales, m'a mené de plus en plus bas. En effet, l'alcool est un grand illusionniste. Chaque verre dégusté, ou avalé d'un seul trait ,me procurait un soulagement , de courte durée mais un soulagement quand même. Je suis allé de soulagement en soulagement sans tellement me rendre compte que je descendais la pente irrémédiablement . Dans l'euphorie de chacun des verres que je buvais et de la chaleur bienfaisante de l'alcool pénétrant mes tissus, toute une perspective de bienfait , de rétablissement miraculeux prenait corps me montrant la fin proche de mes misères. Inutile de vous dire que ce simple effet de mes libations constituait un attrait puissant pour l'alcool face aux réalités de plus en plus fâcheusement désastreuse de mon existence.

Comment vous parler de mes petits matins pitoyables, avec pituite, tremblement, la mort dans l'âme, débordant de culpabilité , de remords , sans oublier la panique des énorme temps "blanc de tout souvenir "du jour ,  du soir , ou du matin précédent. Je descendais l'escalier mes doigts crispés sur la rampe, pour me précipiter vers le frigo et boire très vite une longue gorgée alcoolisée. Je passais, alors, d'un état dépressif indicible, à non pas une euphorie mais à une moindre souffrance .Je réagissais tout simplement en fonction du principe "de deux maux, il faut choisir le moindre" . Remis sur pied par cette première prise , je pouvais entamer ma journée qui en fonction de son contenu, vécue plus ou moins bien, m'amenait soit à une imprégnation acceptable , soit à une nouvelle ivresse.

Mon comportement était assez cyclique . Je bénéficiais de périodes de rémission mais pas véritablement d'abstinence , j'entretenais, dans ces périodes de rémissions, le besoin d'alcool par des prises relativement modérées . Le feu couvait et il ne me fallait pas souffler beaucoup dessus pour qu'un nouvelle incendie, dont je revenais à nouveau désemparé ,meurtri ,  très déçu de moi-même, se déclare avec toujours cette soif intense pour l'alcool incarnant le magie d'une disparition de la douleur. Je me trouvais toujours des excuses , à mes "cuites" à mes retards , à l'argent dépensé, à mes disparitions sans prévenir, mais en fait je n'illusionnais que moi , mes proches avaient compris.

Les reproches allaient bon train , ce n'était que justice. La culpabilité augmentait , la souffrance aussi et donc l'envie de boire.

J'ai reçu la vérité comme une offense , j'étais aux yeux de mon ex-épouse un "alcoolique", elle me le disait haut et fort à chaque fois que les circonstances ne prêtaient à aucun doute. J'ai tenté de lui prouver qu'elle avait tort, que je pouvais m'arrêter de consommer , que c'était mon métier de représentant qui voulait ça, que cela ne se reproduirait plus , que j'avais de la volonté, que ce n'était pas de ma faute, que c'était ma timidité , mes soucis, mes patrons et leurs exigences , ma femme et son intransigeance à mes yeux etc. .."tout cela qui m'obligeait à boire"...!

Je suis resté un mois sans toucher à une goutte d'alcool. A la fin de cette abstinence , j'ai dit à mon épouse "tu vois bien que je ne suis pas un Alcoolique puisque je peux rester sans alcool , un Alcoolique lui ne pourrait pas s'abstenir" La preuve étant faite et n'étant pas un Alcoolique , je pouvais donc boire comme tout le monde , j'ai donc bu de nouveau plus que tout le monde. En fait je pense que tous les alcooliques peuvent cesser de boire, mais cesser de boire durablement est une toute autre question.

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Le fond insupportable de mes souffrances.

De fort mauvaise volonté, j'ai accepté de me soigner, pour faire plaisir à la famille . Néanmoins, je devenais, malgré mon déni, très inquiet , je commençais à comprendre qu'avec l'alcool j'en arrivais à faire des choses que je ne voulais pas faire, ou que je n'avais pas décider de faire ou même de faire le contraire de ce que j'avais prévu. J'ai crains une maladie mentale, mais n'accepter pas d'en voir l'origine dans l'alcool . J'ai beaucoup protégé mon produit , je vivais l'alcool comme un complément indispensable à tous les actes de ma vie , je ne vivais qu'au travers de celui-ci. Il était inenvisageable de vivre sans , hors l'alcool point de salut, la panique complète, pour certaines circonstances vécues comme éprouvantes, si l'alcool venait à faire défaut. J'avais inconsciemment intégré l'alcool comme un besoin fondamental de survie au même titre que l'alimentation ou l'oxygène de l'air . Malgré cela, j'ai accepté la cure ambulatoire avec une médication d'intolérance à l'alcool, prescrite par le médecin de famille. Une parenthèse pour me remettre à niveau et ensuite pouvoir consommer normalement. Durant les cinq années qui suivront je ne pourrait faire un compte juste du nombre de cures ambulatoires entreprises . Les unes furent menées à terme les autres interrompues .Il y eu les malaises effroyables endurés pour essai de boisson sur les traitements ambulatoires, les fausses cures ou je faisais semblant de me conformer à la prescription pour recracher la prise, ou la vomir, des essais également loyaux d'abstinence de quelques jours à quelques semaines pour toujours me retrouver dans des ivresses délirantes ou ivre mort .

Comment n'ai-je pas perdu mon travail? Comment n'ai-je pas eu d'accident grave? Certain diront qu'il y a un bon Dieu pour les ivrognes. Bien que je sois tenté d'y croire , je pense aussi qu'un fort instinct de conservation m'a quelque peu protégé. Inconsciemment, dans cette façon un peu cyclique de boire, j'alternais des semaines de consommation presque raisonnable ou j'arrivais à me refaire en santé et en finances par l'activité professionnelle, avec des semaines que j'appellerais pudiquement "mes neuvaines" à ceci prés que si j'en étais l'artisan , je n'en étais pas le décideur. Une instance plus forte en moi prenait les rênes pour m'amener au bord du gouffre , "ivre mort", dans une folie où il me fallait deux ou trois jours de lit pour récupérer mais où l'amertume de la défaite me ramenait au même résultat . Je reproduisais sans fin le cercle vicieux de la souffrance par la culpabilité, la honte, l'échec, l'angoisse au soulagement par l'alcool avec sa cohorte d'actes insensés, incompréhensibles tant à mes yeux qu'à ceux des autres et replonger dans l'indicible souffrance. Souvent, je me prenais à espérer un mieux ou l'approche d'une solution, lorsque la répétition du cercle vicieux se faisait plus lente , marqué le pas ou semblait suspendu . Illusion d'un mieux , rémission , circonstance plus favorable pour exercer mes efforts volontaires , mais le mal était toujours là et reprenait bien souvent avec parfois encore plus de violence. Comme le disait alors , mon ex-femme , la tornade éclatait brutalement tel "un orage dans un ciel serein "

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