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Mes textes pour A.A.

 

Spiritualité des Associations Anonymes :

Une réflexion.

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 Acceptation Culpabilité , DieuFoi , Méditation , Ouverture , Partage ,

PriéreResponsabilitéSimplicité , Sincérité

 

"Le meilleur moyen de ne pas avoir soif est de devenir source, et je suis une ressource d'abstinence pour d'autre"

 

La spiritualité des mouvements Anonymes n'est pas le fait du hasard. Il correspond à des besoins fondamentaux du psychisme humain. Certains aspects spirituels de l'existence humaine telle que : une philosophie positive de la vie professionnelle , familiale et sociale , l'Amour vrai , l'amitié , la solidarité, la fraternité, la transcendance, le sens de la vie, sont oubliés ,rejetés, niés, non reçus ou mal vécus. En contrepoids , de cette vision devenue trop matérialiste et d'une sensation de vide à combler, l'alcoolique alimente une passion exclusive et frénétique allant jusqu'à la dépendance et la destruction de soi.

Cette spiritualité très spécifique des mouvements anonymes, fut élaboré à partir de l'expérience de deux alcooliques résolus à s'en sortir et qui , en partageant leurs expériences, se sont aperçus qu'ils avaient la possibilité de ne pas boire . Déjà en partageant leurs expériences vécues ils affirmaient une attitude d'ordre spirituelle,  Ils unissaient leurs efforts, et se trouvaient en attitude de demande d'aide réciproque pour un objectif de dépassement de leur état. En effet on aurait tort de réduire la spiritualité à un comportement de soumission en attendant qu'une loi religieuse ou autre nous soit dictée. Bien au contraire il s'agit de découvrir sa voie, vivre " sa légende personnelle"

"Fermer la porte à ses erreurs c'est fermer la porte à la vérité"

Les deux co-fondateurs du mouvement A.A. ont très vite découverts une attitude de base très spirituelle: la sincérité et l'honnêteté avec eux-mêmes .Ces qualités leurs permit de ne pas se contenter du succès de leurs 1er temps d'abstinence et de se rendre compte de certaines fragilités: les émotions, les hontes du passé, la culpabilité, la fierté, l'amour-propre, les colères, ce sont les redoutables complices fomenteurs de nos compulsions. Aidés autant par des médecins, des psychologues , des notables ,  personnages charismatiques, que par certains hommes de religion, ils ont poursuivi le développement de tout un ensemble de propositions sous forme d'une méthode suggérée et spirituelle comme guide pour leur développement personnel .

"Reconnaître ce que l'on est , devenir ce que l'on peut..."

L'humilité dans le sens de la simplicité fut une autre grande qualité des auteurs du programme de rétablissement des AA . Ils ont réussi à bannir tous les entêtements orgueilleux qui bien souvent ne permet pas de reconnaître ses erreurs. Ou encore cette vanité si fréquente de refuser l'erreur pour tenter de garder raison . Pour illustrer cette simplicité, je rappellerai ici le propos de Bill W. révélatrice pour lui de l'attitude à adopter pour changer le cours des événements : " J'ai senti fondre la montagne de glace intellectuelle accumulée sur mon crâne" Dans cette attitude de recherche de simplicité, il y a accès à la réalité qui devient vérité sur soi . L'efficacité ne peut être séparée des réalités concrètes. Ils ont par là même jeté les bases d'une progression vers l'acceptation de soi en vérité. Sans cette simplicité comment pourrais-je prendre conscience de mes manques et de mes limites ? En prendre conscience pour les combler ou les faire reculer. Sans un partage en confiance avec d'autres, cette démarche ne peut s'accomplir en raison des tendances naturelles inverses: Plus nous sommes fragiles , plus nous renforçons artificiellement une image idéalisée de soi . nous pouvons donc comprendre à quelle vanité, orgueil, fierté, amour-propre, nous nous trouvons réduits pour maintenir une légitime et indispensable estime de soi. Dans le processus d'autodestruction engendré par la maladie alcoolique, l'image de soi se détériore de plus en plus, ce qui a pour conséquence un renforcement de l'image idéalisée de soi à l'inverse donc de l'acceptation de la réalité. Le Déni si caractéristique chez les Alcooliques est une des raisons de ce processus contradictoire. Seule une relation de confiance peut interrompre le renforcement de cette attitude . Confiance qui s'est développée d'autant plus facilement que par le partage de leurs errements ils se reconnaissaient mutuellement en l'autre . L'accès à la simplicité , voir même l'humilité au sens noble du terme, par le partage d'expérience en confiance et vérité fut une attitude de leur esprit de solidarité donc bien une démarche spirituelle.

N'oublions pas cette autre facette de la surévaluation de soi qu'est la culpabilité .  Ne dit-on pas ? : " honte et culpabilité, de l'autre fierté et amour-propre sont les deux faces d'une même médaille". La simplicité implique un évanouissement de cette ravageuse culpabilité. Un poison de l'âme si pernicieux et insidieux que Bill et Bob s'y sont attelés au point de l'évoquer par trois fois dans leur programme suggéré de rétablissement. Là aussi l'écoute et la parole partagées entre paires ayant vécu la même souffrance sont libératrices . Qui a dit "ce qui ne s'exprime pas s'imprime " Se détacher et se réconcilier avec son passé ne peut pas faire l'économie de l'expression du vécu. Voilà bien pour l'esprit un point de passage obligé pour vivre en paix.

"Qui n'a pas compris son passé est condamné à le revivre éternellement"  

"Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre" Beaucoup se sont découragés de vouloir faire entendre la vérité au malade alcoolique. Nous les reconnaissons bien dans ces attitudes inébranlables de dénégation. La aussi les co-fondateurs ont découvert le comportement à développer pour s'en sortir . Il se résume en deux mots : ouverture d'esprit. Ils ont découvert, en fait, que se sortir du problème d'alcool ( et même d'autres dépendances ) n'est pas une question d'intelligence , d'instruction, de volonté , de courage, de milieu social, mais uniquement une question d'ouverture d'esprit.

Dans le désespoir d'une dépendance dont la perspective d'une issue honorable s'estompe de jour en jour, la "guérison " passe par la foi , croire en quelque chose ou en quelqu'un en dehors de soi. Mais là aussi on est piégé par les mots, il s'agit moins d'une religion à laquelle on est sensé croire que retrouver un espoir en ayant foi en l'autre . Croire que quelqu'un peut m'aider et faire confiance en ceux à qui je crois peut me sauver de l'emprise de ma dépendance . Bill et Bob ont déplacé leur dépendance négative à l'alcool à une relation de dépendance positive à un autre alcoolique , à un alter ego avec qui ils se sentaient en confiance au regard d'un autre lui-même . Face à son alter ego , l'alcoolique a tendance à perdre sa surdité et commence à écouter et dire . Bill et Bob nous ont ouvert la voie de la libération par l'écoute et la parole, nourriture de cette toute nouvelle attitude induite par l'ouverture d'esprit.

" Dieu ou la religion n'ont pas l'exclusivité de la spiritualité , mais l'homme vivant sa spiritualité est en contact avec le divin"  

L'idée la plus géniale des co-fondateurs dans l'élaboration de leurs méthodes de rétablissement est la relation à Dieu. Beaucoup d'esprits , révoltés , en grande souffrance, atteints d'un complexe anticlérical , antireligieux , d'une paranoïa anti-sectaire ou subissant le bouchon culturel d'un laïcisme à la française ,  auront tendance à y voir une tentative de récupération au profit d'une supposée secte ou religion . Il n'en est rien, car il ne s'agit pas de religion moins encore de secte , mais d'une attitude relationnelle et personnelle à un "Dieu", à plus grand que soi, à un absolu, à l'universel , ou à soi-même. Le mot important est "attitude relationnelle". Il est d'autant plus difficile d'y adhérer que sa conceptualisation est une affaire de ressenti très intime et très personnel .  Pour ceux qui en ont fait la découverte , la sensation est d'être sorti de la solitude et de vivre sa solitude non plus en creux , mais en plein . "Vivre enfin une solitude habitée". La plénitude ressentie et vécue apporte une satiété comblant la plupart des désirs obsessionnels. Il est effectivement beaucoup plus rassurant de se sentir relié que dans une attitude schizoïde toujours angoissante. Voilà succinctement ce que sont les bénéfices d'une attitude de confiance à une relation transcendantale. Certaines personnes vivent ces dispositions, qui, quelque part, sont naturelles, avec beaucoup de discrétion et sans tellement en avoir conscience, par intégration naturelle au démarrage de leur vie sans qu'un incident majeur dans leur parcours ne soit venu perturber cette attitude positive. Les compulsions obsessionnelles sont au vide intérieur ce que sont plénitude et bonheur à une intériorité riche et spirituelle .

 

" La spiritualité c'est aussi la bonne relation à soi et à son propre mystère et par là  même sortir de sa toute puissance"

  

L'autre avantage d'une relation à plus grand que soi est de sortir de sa toute-puissance. Beaucoup de personnes vivent avec cette affirmation bien installée au fin fond de leur inconscient que " vouloir c'est pouvoir", comme dit le proverbe , vrai pour des personnes très douées mais beaucoup moins pour d'autres .  De là à croire à la force de la volonté et s'y référer constamment pour réaliser ses rêves et nous ne sommes pas loin d'une volonté de toute-puissance en toute circonstance. Nos possibilités dans l'existence sont beaucoup plus liées à nos capacités qu'à notre volonté. Il serait donc bien préférable de dire : "Je veux ce que je peux" . Il y a donc pour beaucoup de dépendants une conversion à réaliser dans leur état d'esprit . Voilà bien en quoi cette philosophie, proposée par Bill W et Bob les co-fondateurs de la méthode des mouvements anonymes, est spirituelle. S'en remettre à ses capacités, s'en remettre avec confiance à ce que d'autres peuvent nous apporter, s'en remettre aux bonnes grâces de la vie, s'en remettre non pas à sa volonté mais à sa bonne volonté , voilà les attitudes spirituelles basiques pour sortir de la dépendance. Sortir aussi de ce goût effréné du pouvoir souvent si dévastateur . Libérer les tensions intérieures en pratiquant la relation égalitaire plutôt que le rapport de force si omniprésent dans notre société. Libération également d'une dépendance aux autres . Combien sont confinés dans leur rôle d'autorité toujours à la recherche d'un peu plus de pouvoir ou domination sur l'autre, pour répondre à un besoin légitime mais perverti d'être plus.

Sortir de nos volontés de toute-puissance pour être plus libre , plus disponible , plus heureux et oeuvrer ensemble joyeusement et en amitié. Voilà les vrais bénéfices d'une spiritualité née de l'expérience très positive de quelques alcooliques chercheurs de vérité.

 

Le paradoxe de la spiritualité est qu'il est nécessaire de la partager pour la conserver

  

Prière et méditation sont évoquées , mais là aussi il est nécessaire de comprendre au delà de la signification et image que peuvent évoquer de tels mots .  Dans notre civilisation, judéo-chrétienne, ces mots prennent un sens tous particulièrement religieux alors qu'en fait, hors considération religieuse, la prière est une demande et la méditation une attention toute particulière à ses ressentis pour s'analyser se connaître et prendre les bonnes options pour mieux vivre. Bien entendu pour celui à qui cela convient rien n'empêche d'y ajouter du sens religieux.

Si je ne suis pas dans une attitude de demande que puis-je recevoir? Changer son comportement nécessite d'être en demande . je dois être disponible et en quête permanente pour recevoir les cadeaux que la vie offre., mais aussi pour recevoir ce dont j'ai besoin de préférence à ce dont j'ai envie.

Si je n'ai pas de réflexion sur moi-même et le sens de ma vie comment puis-je comprendre ce dont j'ai réellement besoin ?  La méditation peut me permettre de différencier mes besoins de mes désirs . comment, si je ne m'accorde pas quelques moments de calme intérieurs, puis-je donner plus d'importance à l'utile qu'à l'agréable ? Qui peut me faire comprendre, si je n'ai pas une attention toute particulière à moi-même, que je suis, dans quelques-unes de mes relations, dans un rapport de force , au dessus ou en dessous peu importe, au lieu d'être dans un rapport égalitaire qui seule sera vraiment satisfaisant ?  Comment me sera-t-il possible d'accueillir mes intuitions et de leur faire confiance sans cette détente du cérébral ? Où est ma capacité de discernement pour savoir ce qui est bon pour moi sans être dans un fonctionnement d'autosatisfaction, d'autojustification ou d'autocompassion? Prière et méditation un excellent moyen pour prendre un peu de distance ou de hauteur par rapport à soi-même et ainsi avoir une image réaliste de soi et mieux comprendre ce qui est vécu pour ne pas répéter sans fin les mêmes erreurs.

 

Toutes ces valeurs pourrais-je les maintenir au creux de mon escarcelle ? Là aussi, la philosophie proposée des AA me donne une réponse: le partage avec d'autres , en tendant la main à ceux qui désirent s'en sortir . Une richesse spirituelle ne peut être conservée et vécue que reliée à d'autres . Il y a donc nécessité , jamais obligation, d'offrir ses acquits aux autres. A la fois pour mieux vivre sa responsabilité envers autrui Bill W . disait très bien ses motivations à poursuivre son œuvre auprès des Alcooliques: "....par devoir, par reconnaissance , par plaisir, et parce que c'était pour moi le meilleur moyen de conserver une bonne sobriété" . Le terme devoir pourrait à notre époque être avantageusement remplacé par le sens des responsabilités individuelles et collectives. Je ne pourrais pas être plus explicite qu'en mentionnant les citations suivantes entendues ou lues quelque part en m'excusant de ne pouvoir en citer les auteurs :

"Le bonheur individuel se doit d'avoir des retombées collectives faute de quoi la société ne serait qu'un rêve de prédateur"      

" Les usagés dans les mouvements sont à la fois accompagnants et accompagnés  à long terme ou plus exactement au long cours

 " L'alcoolique sobre au sein d'un mouvement reconquiert ses lettres de noblesse par une autonomie active et créatrice".

 Le message des mouvements anonymes n'a pas pour objectif le renoncement à tout ce dont on peut être attaché mais de s'accomplir dans l'existence et donc par voie de conséquence être ou devenir heureux dans la vie , mais bien entendu le moyen pour y arriver sera, pour la plupart part, l'abstinence au produit aliénant.

Voilà comment, Bill W. et Bob S., ces deux hommes en fuite, n'acceptant pas leurs limites dans l'espace et le temps, découvrirent une force, celle de l'esprit, capable d'inclure ou d'apprivoiser ces deux dimensions ,  et... "pierres rejetées des bâtisseurs devenir pierres d'angle"

         

       

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